J'ai la technique pour faire pleurer les lycéennes fleurs bleues.
*FICKLE LITTLE BITCH ROMANCE*
Vous êtes trop sentimentales...
Exercice de réécriture - 28 Aout 2006 - Le Dormeur du Val de Rimbaud
REGLES DU JEU:
Thème: Le dormeur du val
Durée: 6 heures
Musique: Dresden dolls - The perfect fit
Imagerie: Mathieu Ganio (et la photo qui l'a rendu célèbre...^^)
Information scénique: à murmurer...
Couleur: noir
Elément invité: tissu
Sentiment: amour absent
Exigence: "Je m'arrête à chaque mot car ils sont succulents..."
"
« C'est un trou de verdure, où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent, où le soleil, de la montagne fière
Luit. C'est un petit val, qui mousse de rayons. »
Lumineux, fourmillant et tiède encore de cette multitude, Paris fait résonner le ciel de son exubérante énergie. Grouillent les bruits et les couleurs, frissonnement les mouvements humains, tout scintille et s'active dans cette tournoyante et harmonieuse valse.
Il est pourtant un instant qui échappe à ce charme. Seul, infime et dérisoire, il se laisse inonder des ténèbres profondes, et lorsque le dernier soupir vient à s'évanouir, il ne règne plus que le silence. Abandonné de toute vie, l'endroit est devenu glacial, et seule une timide lune ose encore habiter cet espace, où le néant et la résignation rivalisent d'infinité. C'est là, dans ce sombre palais, ce calme sanctuaire, cette forteresse loin du monde, que les yeux restent clos et la bouche muette. Nul n'ose approcher, de peur de faire disparaître cet univers en l'accablant de sa seule présence. Le monde reste sur le seuil, et dans la plus pure et vibrante langueur, l'obscurité distille son charme, vierge encore du regard des hommes.
Cette cave poussiéreuse, où le noir est si puissant que l'ébène en pâlit; ce grenier humide, où le froid a eu raison des plus innocentes lueurs, se languit, pour un dernier instant, de sa morne solitude. Il se languit de demeurer si vide: un coquillage sans perle, un écrin sans diamant. Sur le trône désolé manque un roi, plus triste encore que le royaume qui s'offre à lui, un être mélancolique fait de noir et de lune comme tout cet univers.
Lentement, sans un bruit, sans un geste, il apparaît:
« Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu
Dort; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut »
Il présente son visage à la pluie, et les gouttes cristallines perlent sa joue en un voile argenté. Au contact de cette vaporeuse caresse sur sa peau, il oublie où il se trouve et tout ce qui l'entoure. Le cresson de velours noir a tout perdu de sa fraîcheur, et maintenant l'enlace, comme la main gantée enlace un souvenir avant de passer outre. L'herbe, désormais sèche et tombée, forme un tapis de bois sous un coton de poussière ocre, et le lit vert n'a plus qu'une fraîcheur de pierre.
Il dort, ignorant peut-être que le val n'est plus, qu'ici nulle nature n'a encore de droits, et nulle rivière ne chante. Immobile, il continue son rêve, sans plus rien connaître du lieu où il se trouve. Ses lèvres semblent murmurer:
On ne retient pas même les âmes qu'on enterre,
Car me voici bien loin de ces voiles épais
Dans des bras plus légers, incomparables aux fers
Dont je suis prisonnier sous ce dôme de geai.
Mon corps, errant sans âme, n'est plus qu'un membre mort
Et seul compte à présent le songe qui m'ennivre.
O dame de mes rêves, bel ange que j'implore,
Garde-moi dans ton coeur: lui seul me fait vivre.
Il est là, calme et serein, s'essayant aux voluptés de l'absence: gouttant un soupir teinté de mélancolie, savourant une larme au coin de son oeil, et transporté d'une incommensurable joie à la seule idée qu'elle existe. Elle est à la fois reine, fée, déesse, tout ce qu'il y a de plus beau et tout ce qui n'existera jamais plus après elle. Elle retient son esprit tel un ruban léger, flottant autour de sa chevelure sans jamais l'effleurer. C'est tout le sang de cet homme qui coule et se déverse dans ce beau ruban pourpre, c'est ce souffle du désespoir qui le maintient en suspens, si loin de celle qu'il aimerait tenir dans ses bras.
Il frissonne à présent, troublé un instant par cette tendre brise, puis sombre à nouveau au coeur de son rêve, apaisé et repu des délices qu'il s'invente.
« Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme.
Nature, berce le chaudement, il a froid. »
Car l'absence ne lui suffit plus. La distance est trop grande, et son esprit s'est perdu dans le méandre des illusions. Son coeur, malmené par la fureur de ses sentiments et son espoir insensé, ne résiste pas à tant d'intensité: il souffre et se déchire, gisant là, asséché par les larmes et lacéré de désespoir.
Lui, succombe à une tristesse mêlée de folie. Il enrage et il saigne, il supplie et se noie dans un labyrinthe où son âme dérive au grès des tortures Il l'aime et devient fou d'en être séparé. Il ne veut plus seulement la rêver, il veut la voir, la reconnaître, vivre son amour ne serait-ce que quelques instants. Il donnerait sa vie pour quitter cet endroit, abandonner la lune pour cette autre fée blanche, briser les dômes de pierre pour être à nouveau gorgé de sa lumière et de son rire.
Sa plainte se fait cri:
Où es-tu donc, cruelle qui m'arrache le coeur?
A te chercher mon âme lutte et s'efforce en vain.
Il me faut te trouver, car je crains la torpeur
Et pour moi, loin de toi, n'est plus de lendemains.
Mes forces m'abandonnent et je crois disparaître
Puisque, privé de toi, mon âme vagabonde
Ne semble plus à moi, je ne suis plus son maître.
Ramène à elle mon coeur, accueille-le dans ton monde.
Tu ne peux accepter de me voir tant souffrir,
Pour celle qui m'abandonne n'existe aucun pardon.
Ne peux-tu, mon amie, un peu me secourir,
Et que ta main si pure vienne relever mon front?
Il crie et se débat, dans cette obscurité qui maintenant le dévore. Il ne sent plus le froid, ni la douleur. Il gémit et il pleure; il se recroqueville, délaissé et souffrant, sur son immense trône de larmes et de métal. Il ne ressent plus rien.
« Les parfums ne font pas frissonner sa narine.
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. »
Il est calme à présent Il ne pleure ni ne crie plus. Son souffle s'apaise, puis diminue encore, devient presque imperceptible.
Le long de son torse, les rubans longs et rouges s'étirent et se nouent et tracent goutte à goutte des dentelles écarlates sur le velours noir et le métal précieux. Les lignes et les courbes se répandent, patientes et sournoises, tel deux serpents avides, ayant eu raison d'un Hercule que l'amour aurait dépossédé de toute force.
Sa joue devient de marbre, et toute sa silhouette se drape d'une pâleur spectrale. Il n'est plus que statue, marionnette inanimée, suspendue à l'ultime rayon de lune. Sur les contours de ses lèvres sèches se dessine un dernier appel:
Adieu ma bien-aimée, je meurs en ce moment.
Léger et insouciant j'accepterai mon sort
Car c'est ton souvenir que j'emporte à présent,
Il ne me quittera, pas même après la mort.
Mes yeux s'étaient promis, d'être toujours fermés
Et de n'oser s'ouvrir, que pour aimer ta vue.
Ils n'aimeront plus rien, c'est ainsi désormais
Je les clos à jamais. Ils ne te verront plus.
Adieu, rêve fragile que la mort a brisé.
Mon corps anéanti, torturé par tes charmes,
Verse un rouge carmin, tel que fût ton baiser,
Et la nuit pleure pour moi d'étincelantes larmes.
Bien sûr, tu garderas ton somptueux sourire,
Tu connaîtras aussi d'autres temps, d'autres lieux,
Mais surtout n'oublie pas celui qui dût mourir.
Il nous faut nous quitter à tout jamais... Adieu..."